‘‘À Anyama, Samuel Mobio (PDCI) construit un discours de rupture fondé sur l’alerte, les amalgames et des affirmations non démontrées’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Anyama, 21 décembre 2025 – À six jours des élections législatives du 27 décembre, le candidat du PDCI-RDA à Anyama, Samuel Mobio Espérance, a livré dimanche un discours particulièrement offensif à l’endroit du pouvoir en place. Devant ses partisans réunis à la gare routière de la commune, il a multiplié déclarations alarmistes et accusations graves, sans appui factuel identifiable ni références institutionnelles vérifiables.
Face à ses partisans, il a dénoncé ce qu’il présente comme une marginalisation des populations locales et une dérive du pouvoir, en avançant de nombreuses accusations non étayées par des éléments factuels connus.
« On n’a même plus le droit de cité » : une affirmation sans données vérifiables
Samuel Mobio a affirmé que les populations d’Anyama seraient progressivement privées de leur « droit de cité » au profit de personnes venues d’ailleurs, parlant de « visiteurs » qui auraient pris le dessus depuis 2010.
« De 2010 à aujourd’hui, on n’a même plus le droit de cité dans notre cité », a lancé Samuel Mobio, évoquant une prétendue dépossession des habitants d’Anyama au profit de personnes venues d’ailleurs.
Aucune statistique officielle, ni donnée électorale ou administrative publique ne confirme une telle exclusion. Les listes électorales, la gestion foncière et l’administration locale restent, à ce jour, régies par les textes en vigueur et contrôlées par l’État.
« Nous sommes en danger » : un discours fondé sur l’alerte permanente
À plusieurs reprises, le candidat du PDCI a insisté sur une menace imminente :
« Nous sommes en danger et vous faites comme si vous ne voyez pas venir les choses », a-t-il martelé, appelant à une réaction urgente des électeurs.
Un registre alarmiste fréquent en période électorale, mais qui s’est accompagné ici de peu d’éléments concrets permettant d’objectiver ce danger évoqué.
Transmission du pouvoir : une accusation contredite par le cadre constitutionnel
Le candidat du PDCI a également accusé le président de la République de vouloir « transmettre le pouvoir de manière générationnelle », allant jusqu’à comparer cette hypothèse à une succession familiale
Samuel Mobio a vivement critiqué des propos qu’il attribue au président de la République : « La Côte d’Ivoire, ce n’est pas un royaume pour que quelqu’un dise qu’il va transmettre le pouvoir de manière générationnelle », a-t-il affirmé, estimant que « le peuple devait se révolter ». Or, la Constitution ivoirienne prévoit l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Aucun texte, projet de réforme ou déclaration officielle n’institue une transmission du pouvoir hors cadre électoral.
Président élu par les députés : un scénario inexistant à ce stade
Autre accusation avancée : la volonté supposée du pouvoir de confier à l’Assemblée nationale l’élection du président de la République. Le candidat du PDCI a avancé l’hypothèse d’un changement imminent du mode d’élection du chef de l’État : « Ils veulent voter une loi pour que ce soit désormais le député qui vote le président », a-t-il soutenu.
À ce jour, aucun projet de loi, aucun débat parlementaire ni aucune annonce gouvernementale ne confirme l’existence d’un tel mécanisme.
Chefferies et cadres : des accusations sans preuves publiques
Samuel Mobio a accusé le pouvoir de faire pression sur les chefs traditionnels : « Ils sont en train de rentrer dans nos chefferies », a-t-il déclaré, regrettant que « plus aucun chef n’ose être dans l’opposition ».
Il a également dénoncé l’achat supposé de soutiens politiques : « L’argent vous a détruits de sorte que vous ne pouvez plus comprendre ce qui est bien et ce qui est mal ». Des accusations graves, formulées sans documents, décisions administratives ou témoignages étayés rendus publics.
Immigration, foncier et identité : des amalgames non documentés
Dans un long développement, le candidat a affirmé que des étrangers obtiendraient des documents ivoiriens et achèteraient massivement des terres :
« Ils leur donnent des passeports, parfois même diplomatiques, pour venir nous commander ici », a-t-il lancé, citant nommément des individus.
Là encore, aucune source officielle, judiciaire ou administrative ne vient corroborer ces affirmations, alors que les procédures d’attribution des titres fonciers et des documents d’identité restent encadrées par la loi.
Une stratégie de dramatisation à forte charge émotionnelle
Tout au long de son intervention, Samuel Mobio a multiplié les appels à la peur et à la mobilisation : « Si vous ne vous levez pas aujourd’hui, demain on va tous souffrir », a-t-il averti, concluant sur une mise en garde : « Si le PDCI ne gagne pas ici, ne venez plus nous voir ».
À Anyama, le candidat du PDCI a opté pour un discours de rupture, articulé autour d’accusations lourdes et de scénarios catastrophes. Une stratégie qui vise à mobiliser par l’émotion, mais qui s’appuie largement sur des affirmations non étayées, laissant aux électeurs le soin de trancher entre alerte politique et absence de preuves tangibles.