‘‘Une volonté de consolidation de sa posture pour le RHDP, un nouveau test de repositionnement pour l’opposition, une tentative d’émergence des indépendants’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, 19 décembre 2025 – La campagne officielle pour les élections législatives en Côte d’Ivoire a débuté ce vendredi 19 décembre, à moins d’une semaine du scrutin prévu le 27 décembre. Avec 255 sièges à pourvoir, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) part largement favori, fort de son maillage territorial et de la présence de ministres et cadres influents dans leurs circonscriptions. Mais l’opposition parviendra-t-elle à se faire entendre malgré les boycotts, dissidences et candidatures indépendantes, après un épisode triste de la présidentielle d’octobre dernier ?
RHDP : un réseau territorial qui fait la différence
Depuis sa création, le RHDP a construit un réseau dense de structures locales, couvrant tous les départements et communes. Selon des observateurs politiques, ce maillage permet au parti de mobiliser efficacement ses électeurs, d’assurer une présence dans chaque circonscription et de contrôler la logistique de campagne.
Ministres et figures de l’exécutif jouent leur carrière politique et incarnent la transition générationnelle impulsée par le président Alassane Ouattara. Le vice-Président, le chef du gouvernement, ainsi que l’ensemble des ministres représentent-ils un levier décisif pour convaincre les électeurs sensibles à la visibilité de leurs représentants ?
Le maillage territorial suffira-t-il à transformer cette visibilité en victoire massive ?
De toute évidence, les candidats du RHDP ne sont pas seulement des figures de second plan : ministres, chefs de cabinet et personnalités influentes de l’exécutif sont en lice dans leurs localités. Cette stratégie renforce le parti face à une opposition fragmentée et à des électeurs souvent sensibles à la visibilité de leurs représentants.
PPA-CI : le boycott affaiblit-il le parti ?
Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), fondé par l’ancien président Laurent Gbagbo, a choisi de boycotter les législatives, dénonçant un « climat politique et social délétère ». Cette absence laisse plusieurs circonscriptions sans challenger majeur du RHDP, offrant un avantage stratégique au parti au pouvoir.
Mais ce boycott ne risque-t-il pas de compromettre la reconquête du pouvoir en 2030 ? Le parti pourra-t-il mobiliser ses bases autrement, préparer des alliances ou s’appuyer sur les élections locales pour rester influent dans la sphère politique ivoirienne ?
Plusieurs observateurs estiment que cette stratégie comporte un risque : une perte de visibilité et un affaiblissement durable de son influence électorale rendant la reconquête du pouvoir en 2030 plus difficile, notamment face à une machine politique du RHDP déjà bien implantée et capable de mobiliser électeurs et structures locales de manière systématique.
PDCI-RDA : un héritage historique face à la modernité du RHDP
Le PDCI-RDA, parti historique de Côte d’Ivoire, aligne 163 candidatures. Mais il doit composer avec des candidatures dissidentes et des tensions internes. L’absence à la présidentielle d’octobre et la difficulté à discipliner ses cadres locaux pourraient limiter ses chances.
Le PDCI-RDA réussira-t-il à reconstruire une base cohérente et mobiliser ses électeurs ? Si le parti n’y parvient pas, sa capacité à rivaliser pour la présidentielle de 2030 pourrait être compromise, laissant le champ libre au RHDP.
Certaines circonscriptions, comme Gagnoa ou Daoukro, illustrent ces défis. Maurice Kakou Guikahué, ancien secrétaire exécutif en chef, et Olivier Akoto, candidat indépendant, représentent-ils le symptôme d’un parti incapable de discipliner ses cadres et de maintenir l’unité face à un RHDP omniprésent ?
Si le PDCI-RDA ne parvient pas à reconstruire une base cohérente et à se repositionner sur le terrain, sa capacité à rivaliser pour la présidence en 2030 pourrait être compromise, laissant le champ libre au RHDP pour prolonger son hégémonie politique.
Les indépendants : un phénomène à surveiller
Dans certaines localités, des candidats indépendants issus de partis traditionnels tentent de s’imposer. Leur proximité avec les électeurs et leur notoriété locale sont leurs principaux atouts, souvent là où le RHDP ou le PDCI-RDA connaissent des dissensions internes.
Mais peuvent-ils réellement faire basculer des sièges clés face à la machine politique du RHDP ? Leur succès dépendra de leur capacité à mobiliser efficacement les électeurs, dans un contexte où le vote reste largement structuré par les partis historiques.
Ces indépendants incarnent une opposition de terrain, pragmatique et moins idéologique. Pourront-ils préparer l’émergence d’une nouvelle génération de leaders politiques et influencer les municipales et régionales à venir ?
Chiffres et perspectives
- 255 sièges à pourvoir
- RHDP : plus de 90 % des ministres en lice dans leurs circonscriptions
- PDCI-RDA : 163 candidatures, dont plusieurs dissidences
- PPA-CI : boycott dans plusieurs circonscriptions clés
- Indépendants : une vingtaine de candidats identifiés comme influents localement
Les législatives seront-elles un test de mobilisation pour le RHDP et un indicateur de la capacité de l’opposition à se restructurer pour 2030 ? Les dissidences et le boycott affaibliront-ils durablement le PDCI-RDA et le PPA-CI ?
RHDP : vers une majorité consolidée
Avec son maillage territorial, ses candidats visibles et sa structure logistique, le RHDP part favori pour conforter sa majorité. Cette victoire permettrait au parti de poursuivre ses réformes politiques et économiques après la réélection du président Ouattara.
Mais la fragmentation de l’opposition et l’émergence des indépendants suffiront-elles à limiter cette domination ? Ou bien le RHDP sécurisera-t-il son hégémonie pour les cinq prochaines années ?
Opposition : peut-elle rebondir avant 2030 ?
Le PPA-CI et le PDCI-RDA pourront-ils reconquérir du terrain et peser sur le résultat national ? Les dissidences internes, les candidatures indépendantes et le boycott du PPA-CI compromettent-ils leurs chances ?
L’opposition a-t-elle les moyens de se repositionner pour préparer la présidentielle de 2030, ou restera-t-elle marginalisée face à un RHDP dominant ? Les indépendants peuvent-ils incarner une alternative crédible sur le long terme ?
Pour le PPA-CI et le PDCI-RDA, la route s’annonce plus difficile. Le boycott du PPA-CI et les dissidences internes du PDCI-RDA affaiblissent la capacité de ces partis à peser sur le scrutin et pourraient compromettre leurs chances de reconquête du pouvoir en 2030. À moins d’un sursaut organisationnel et d’une mobilisation massive de leurs bases, l’opposition risque de rester marginale dans l’espace politique national pour les cinq prochaines années.
Ces législatives illustrent la domination logistique et politique du RHDP, la fragilité de l’opposition historique et le rôle émergent des indépendants dans un système encore très structuré autour des partis traditionnels. Le scrutin sera-t-il uniquement un test de mobilisation, ou également un indicateur clé des équilibres politiques pour la Côte d’Ivoire de demain ?