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Afrique

Bénin | Coup d’État avorté

Pourquoi la Cédéao a réagi aussi vite ?

Bénin | Coup d’État avorté
‘‘Le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et la Sierra Leone aux avant-postes de cette action avec un renseignement français’’

Par Dahn Habib Sénamblé, avec Rfi

Au Bénin, la tentative de putsch lancée dimanche 7 décembre à Cotonou a été rapidement neutralisée. Une intervention militaire éclair menée par une coalition de quatre pays de la Cédéao – le Nigeria, la Côte d'Ivoire, le Ghana et la Sierra Leone – appuyée par des renseignements français. Comment expliquer une mobilisation aussi rapide, alors que l’organisation régionale était régulièrement accusée d’inaction ces dernières années ?

Éléments de compréhension.

Une demande d’assistance immédiate de Cotonou

Dès les premiers tirs signalés dans la capitale économique béninoise, les autorités ont lancé un appel à l’aide à deux partenaires essentiels : le Nigeria, géant voisin, et la Côte d’Ivoire, devenue un pilier sécuritaire de la sous-région.

La réponse a été quasi instantanée. À Abuja comme à Abidjan, l’idée est claire : agir vite pour éviter que le putsch ne s’installe.

Un front politique resserré au sein de la Cédéao

Très rapidement, les échanges se multiplient : coups de fil entre chefs d’État, visioconférences d’urgence.

Selon une source informée, l’ambiance dominicale est tendue mais déterminée : « On doit y aller », résume un participant aux discussions.

À Abidjan, toutefois, on insiste sur le réalisme : « Attention : si on prend la décision d’y aller, il faut y aller », préviennent les responsables ivoiriens, en référence transparente à l’échec de la menace d’intervention au Niger en 2023.

Une remarque qui fait réagir Abuja. « Ce ne sera pas comme le cas du Niger », assurent les Nigérians, désireux de réaffirmer leur leadership dans une région où leur crédibilité avait été ébranlée.

Le président en exercice de la Cédéao, le Sierra-Léonais Julius Maada Bio, enfonce le clou : « C’est une question de crédibilité. Si nous n’intervenons pas cette fois-ci au Bénin, c’en est fini pour notre organisation. »

Une coalition militaire prête à intervenir

Au final, quatre pays fournissent des troupes : le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et la Sierra Leone.

Une configuration inédite qui traduit à la fois l’urgence de la situation et la volonté collective de redorer le blason de la Cédéao, mise à mal par une série de coups d’État militaires au Sahel ces dernières années.

Le rôle discret mais déterminant de la France

Si la réaction ouest-africaine a été rapide, elle doit aussi beaucoup au soutien français, discret mais essentiel.

Paris, très présente en matière de surveillance aérienne et de capacités de renseignement en Afrique de l’Ouest, aurait fourni des informations clés permettant d’anticiper les mouvements des putschistes et d’organiser l’intervention.

Cet apport a permis d’accélérer la mise en place de l’opération et d’éviter un enlisement sur le terrain.

Un signal fort envoyé aux putschistes de la région

Avec cette intervention réussie, la Cédéao cherche à se réaffirmer comme un acteur crédible dans la lutte contre les coups d’État, dans une région où plusieurs pays – Mali, Burkina Faso, Niger – se sont déjà retirés ou éloignés de l’organisation.

Pour Cotonou, cette réaction rapide marque un tournant politique et sécuritaire ; pour la Cédéao, c’est une bataille symbolique gagnée dans une lutte plus large contre l’effritement de l’ordre démocratique ouest-africain.

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