‘‘L’ancien Président ivoirien dit avoir demandé à un avocat de saisir la CPI pour faire la lumière sur les évènements de crise’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, le 8 décembre 25 — L’ex-président Laurent Gbagbo s’est adressé ce lundi, à ses militants et « à tous les Ivoiriens ». Dans une déclaration d’une rare densité, le leader du PPA-CI a revisité les moments les plus sombres de l’histoire politique ivoirienne, de la crise de 2000 jusqu’à son acquittement définitif par la CPI en 2021. Un discours qui se veut à la fois témoignage, justification et appel à une nouvelle phase judiciaire.
Retour sur deux décennies de crise
Dès les premières minutes, Laurent Gbagbo replonge dans l’automne 2000. Il rappelle son élection du 22 octobre, sa prise de fonction le 26 et son premier Conseil des ministres. Un Conseil immédiatement marqué par l’annonce d’un charnier à Yopougon, affaire qui deviendra l’un des premiers dossiers sensibles de son mandat.
Il évoque ensuite les attaques de janvier 2001 puis de septembre 2002, menées depuis le nord du pays et ayant entraîné la partition de la Côte d’Ivoire entre une zone gouvernementale au sud et une zone contrôlée par les Forces nouvelles.
« J’ai dû écourter mon séjour en Italie pour revenir au pays », raconte-t-il, décrivant des combats, des « batailles de rue » et l’installation durable d’une rébellion à Bouaké.
Les années de médiations et l’accord de Ouagadougou
L’ancien chef de l’État revient longuement sur les rounds diplomatiques successifs : Accra, Marcoussis, Pretoria, Kléber… Autant de tentatives de médiation restées « sans résultats probants », selon lui.
Il revendique deux décisions majeures prises avec le soutien de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, à savoir, « Permettre la candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle. Ouvrir un dialogue direct avec Guillaume Soro ».
Des discussions qui débouchent sur l’accord politique de Ouagadougou, signé le 4 mars 2007, puis sur la Flamme de la Paix à Bouaké, cérémonie symbolique de destruction d’armes.
Gbagbo raconte ensuite ses visites dans le nord, jusque-là inaccessible depuis 2002, et sa bataille politique autour du désarmement, toujours insuffisant à ses yeux avant la présidentielle.
2010 : l’élection, la discorde et la chute
Le leader du PPA-CI rappelle sa victoire au premier tour de la présidentielle de 2010, puis la contestation des résultats du second tour : « Chacun des deux candidats se proclamait vainqueur », affirme-t-il.
Il rappelle surtout que le Conseil constitutionnel l’avait déclaré réélu, avant que la communauté internationale ne reconnaisse la victoire d’Alassane Ouattara, entraînant affrontements, violences et son arrestation le 11 avril 2011.
Il décrit les bombardements de sa résidence, sa détention au Golf hôtel, son transfert à Korhogo puis à la Cour pénale internationale, où il sera rejoint en 2014 par Charles Blé Goudé. Tous deux seront acquittés en 2019, un acquittement devenu définitif en 2021.
Exil, contraintes et retour à Abidjan
Le récit se fait plus personnel lorsqu’il évoque sa vie en Belgique, assigné à résidence dans la commune de Bruxelles : « Tous les jeudis matin, des policiers venaient vérifier si j’étais là », raconte-t-il, évoquant aussi les appels hebdomadaires de la CPI pour confirmer sa présence. Il ne retrouve la liberté totale qu’en mars 2021.
« Tant qu’un fait n’est pas entièrement jugé, il devient injustice »
Dans la dernière partie de son message, Laurent Gbagbo abandonne le récit pour livrer sa lecture politique de la crise ivoirienne. Il estime avoir été injustement arrêté, « alors que je n’étais pas le mentor de la rébellion », et appelle à rouvrir le dossier ivoirien. Pour lui, plusieurs questions restent sans réponse : « Qui a financé et conçu la rébellion ? Qui est responsable des crimes commis, notamment du génocide Wê ? Pourquoi l’ONU et les partenaires occidentaux ont-ils poussé à l’élection sans désarmement préalable ? »
Il dit avoir demandé à son avocat, Me Emmanuel Altit, de saisir à nouveau la CPI afin que « la vérité éclate » et que justice soit rendue « aux victimes comme aux survivants ».
Un discours tourné vers la bataille juridique et mémorielle
Avec ce message, l’ancien président cherche à repositionner sa narration en chef d’État légitime, renversé et finalement blanchi. Il tente également de replacer au centre du débat une exigence de justice internationale, dans un contexte politique où la Côte d’Ivoire aborde un nouveau cycle institutionnel.
Pour Laurent Gbagbo, l’enjeu dépasse son propre parcours :
« La vérité est une condition de la paix. »